Pour l’ambiance…

Il y a peu, nous dinions avec une amie. Laquelle déplore depuis de longs mois déjà le manque de perspectives d’évolution que lui offre son job actuel, au sein de l’entité qui l’emploie. Et laquelle n’a entamé, au fil du temps, que de très vagues démarches pour trouver ailleurs.

Face à nos conseils parsemés d’un soupçon d’impatience et nos plans d’actions volontaristes, elle se justifie : « Vous ne comprenez pas, il y a une super ambiance ! » … Un sentiment de perplexité nous gagne. Certes, évoluer dans un contexte de travail agréable, c’est important. Mais est-ce réellement une raison valable de stagner dans un travail jugé par ailleurs modérément épanouissant ?

Et notre amie de poursuivre : « Depuis que le groupe a autorisé un jour et demi de télétravail par semaine, notre service est un des rares à avoir conservé des liens amicaux entre collègues… »

Et tout à coup, un éclair de lucidité nous frappe : le changement ne lui fait pas peur, la solitude, si.

Ce que la modernité a de bon… virtuellement.

« L’homme est un animal social ». Au sortir de ce diner, cette formule d’Aristote prend des airs de paroles d’évangile. Mais, à bien y regarder, jamais elle ne nous aura parue refléter une réalité aussi fragile.

Nous vivons une époque paradoxale. A l’heure où une myriade de technologies et d’applications connecte les Hommes à des milliers de kilomètres en un claquement de doigts, nous sommes pourtant de plus en plus nombreux à prendre conscience qu’un isolement latent menace. Dans la vie personnelle d’abord. Mais également, dans la vie professionnelle.

Car l’introduction d’outils, destinés en premier lieu à rapprocher les salariés, a induit un effet pervers. Celui de la virtualisation des rapports entre collègues. Et de l’étiolement du sentiment d’appartenance à un groupe.

Bien sûr, Internet, les réseaux sociaux d’entreprise, les nouvelles formes d’organisation du travail, et tant d’autres petites et grandes révolutions professionnelles des 20 dernières années, ont beaucoup apporté en termes de confort d’exécution, de productivité, d’autonomie du salarié. Loin de nous l’idée de dénigrer leurs vertus.

Mais force est de constater que sans vision managériale, ce qui devait renforcer le lien entre collaborateurs l’a distendu, ce qui devait faciliter les échanges est devenu un écueil de communication interpersonnelle.

Machine à café, mon amour.

A vrai dire, la préoccupation n’est pas récente… Le phénomène interpellait déjà à la fin des années 2000. Et, assez ironiquement, l’encadrement managérial des start-ups de la Silicon Valley a été le premier à réagir.

Dans ces lieux hautement technologiques, où le nerd et le geek sont célébrés comme l’alpha et l’oméga, certains boss n’ont pas hésité à rendre la pause café obligatoire et… collective ! Une façon comme une autre de réinstaurer entre collaborateurs un dialogue ne transitant pas par des méandres de lignes de codes.

Dans le même esprit, quelques sociétés imposent désormais, hebdomadairement, un jour sans mail et/ou sans téléphone. Objectif : forcer à passer une tête plutôt qu’un coup de téléphone, pour faire (re)naitre ces conversations informelles qui humanisent un dossier.

D’autres préfèrent interdire un jour au télétravail. Si la démarche du « tout sauf » peut sembler autoritaire, elle permet toutefois à une équipe d’être réunie au grand complet au moins une fois par semaine.

Voici, parmi tant d’autres, quelques armes « anti-solitude », qui créent selon nous, les conditions propices à la rencontre et au partage. Et replace au centre des préoccupations un besoin fondamental de l’être humain : le contact.