Entretien avec un Chatbot

Intelligence Artificielle et Ressources Humaines. Ressources Humaines et Intelligence Artificielle. Un couple dont nous avions envie de parler. Mais un duo tellement en vogue actuellement dans la communauté RH que nous avions presque renoncé à l’aborder.

Et puis nous avons rencontré Chatbot. Chatbot, on ne fait pas très attention à lui d’ordinaire. Il fait partie du paysage comme on dit. On le côtoie, parfois de longues heures, au bureau. On se félicite de l’avoir dans notre entourage, parce qu’il nous rend de fiers services tout de même. On l’engueule un peu quand il rame, parce que lui aussi a quelques coups de mous de temps en temps.

Chatbot, c’est un robot conversationnel. Il est parent avec cette fameuse Intelligence Artificielle, censée révolutionner les RH.

Mais d’après lui, c’est lui prêter beaucoup d’importance. Parce qu’au fond, c’est un modeste, Chatbot.

Certes, il connaît le Code du Travail sur le bout des doigts. Certes, la convention collective et le règlement intérieur de son entreprise n’ont aucune sorte de secret pour lui. Mais, sincèrement, il ne voit pas en quoi ça fait de lui le Che Guevara des RH…

D’abord, il a été conçu pour ça. Ce n’est pas lui qui s’est dit un beau matin : « tiens tiens, et si je me mettais à potasser les articles législatifs sur « le temps de conduite et de repos des Conducteurs de véhicules de plus de 3T5 ou plus de 9 places », just for fun ». D’autant qu’il n’est pas vraiment concerné, lui qui travaille pour une entreprise de lavomatic.

Et puis, de son propre aveu, Chatbot ne saurait pas quoi chercher, parmi toutes ces informations, sans l’intervention d’un humain. C’est bien parce qu’une question lui est posée qu’il farfouille dans sa mémoire, trie et partage tous ces renseignements.

D’ailleurs, même s’il savait s’interroger lui-même, il ne saurait pas trop quoi faire des solutions qu’il avance. Il est bien content d’informer Lydia, qui a tant besoin de vacances, qu’il lui reste 5 jours de RTT à poser avant la fin du mois de juin. Pas parce qu’il lui reste 5 jours, non. Parce que c’est la juste réponse à sa question. À vrai dire, il ne saisit pas très bien pourquoi ce renseignement la rend heureuse, Lydia. Son DRH a bien essayé de lui expliquer. Mais Chatbot ne comprend pas les émotions.

Lui pas plus que sa femme, Affinity, un logiciel de mise en relation talents/entreprise. Elle est pourtant bien plus intelligente que lui, Affinity.

Elle sait même traiter des émotions, dans une certaine mesure, car il lui revient de sélectionner les candidats dont les valeurs correspondent à celles de son entreprise. Mais quand on l’interroge sur cette faculté, elle prend bien soin de remettre les choses à leur place. Il ne s’agit pour elle que de mettre face à face des « key words » pour les jargonneux- speaking.
Des mots vides de sens si l’on n’en connaît pas la réalité concrète. Et quand bien même elle le voudrait, précise-t-elle, elle ne saurait pas recruter le bon profil pour un poste donné. Son DRH a bien essayé de lui apprendre. Mais elle ne possède pas l’intuition.

***

En clôturant notre entretien avec Chalbot, on se dit, rassurés, qu’il existe, au moins pour quelque temps encore, des qualités dont seuls les humains peuvent se targuer.

Émotion, intuition ou encore bienveillance, empathie… A mesure que l’intelligence artificielle investira les tâches les plus administratives de nos métiers, nous sommes convaincus que nous devrons capitaliser sur nos aptitudes cognitives et affectives pour remplir nos fonctions avec brio.

En somme, apprendre à miser sur ce qu’il y a de plus humain en nous pour vivre sereinement en compagnie de l’intelligence artificielle !

2018-08-20T12:55:08+00:00

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