La profondeur des mots simples.

Une claque. Puissante. De celles qui marquent. Qui remettent les choses en perspective. Qui inspirent aussi. Que nous souhaitions partager avec vous.

Décembre 2018. Calmement, un homme se tient derrière un pupitre. Devant ceux qui viennent de lui décerner le prix Nobel de la Paix, il entame son discours. Sobrement, il dépeint sa réalité. Elle est cruelle. Insoutenable de violence gratuite. Écœurante de passivité complice. Et paradoxalement, chargée d’espoir. De fiertés retrouvées. De dignité.

Sans fard ni fausse pudeur, il nous livre l’histoire de sa vie, et de celles de ses patientes. Car l’homme est médecin. Tour à tour, nous sommes horrifiés, honteux, admiratifs. Nous bouillonnons de rage, nous retrouvons foi en l’humanité.

La force de son récit tient bien sûr à ce qu’il dit. Mais l’intensité des émotions qu’il fait naître en nous vient de “comment” il le dit.

L’homme n’est pourtant pas beau parleur. Son vocabulaire est à portée de tous. Sa syntaxe est efficace. Son ton, direct. Pas d’emphase, ni trémolos dans la voix. Pas de superlatifs, ni effets de style. Son pouvoir, il le tient de la profondeur des mots simples.

La difficulté de la simplicité.

Il n’est pas ici question du synopsis de la dernière série à la mode. Ni du conseil phare tiré d’un séminaire sur la prise de parole en public. Nous sommes en train de vous parler du discours que Denis Mukwege a tenu après avoir été désigné prix Nobel de la Paix. Et de son habileté à s’exprimer sur des sujets complexes, graves, avec simplicité.

Un talent qui, loin s’en faut, n’est pas donné à tout le monde. Beaucoup s’y cassent les dents à vrai dire. Car l’écueil de la condescendance n’est jamais bien loin. Celui du simplisme non plus. Il serait en effet trop facile de penser que la force des mots simples s’atteint en bannissant de son langage tous les mots de plus de trois syllabes… ou encore en ignorant la richesse sémantique de la langue française…

Renoncer à faire des phrases de plus de dix mots, de peur de déroger au sacro-saint commandement Ier de “l’écriture pour le Web” (de là à considérer que les lecteurs sont un amas de décérébrés…) n’est pas forcément une solution non plus. Pas plus que troquer une réflexion construite contre un agrégat de punchlines calibrées pour les réseaux sociaux.

Cependant, si nous n’avons pas tous vocation à devenir des virtuoses des mots simples, ce mode de communication gagnerait pourtant à être sincèrement expérimenté.

Comme des mots d’enfants

Ce que ce discours vient limpidement confirmer, c’est cette intuition que nos journées solidaires nous avaient fait toucher du doigt.

Les témoignages les plus percutants, les plus drôles ou les plus touchants le sont bien souvent parce qu’ils sont prononcés sans filtre. Exprimés dans un moment de lâcher prise, leurs mots sont généralement des plus basiques. Mais également des plus profonds

Comme les vérités des enfants amusent autant qu’elles désarment, les mots modestes émeuvent lorsqu’ils servent une parole vraie.

2019-02-06T15:52:56+01:0006/02/2019|Ca me regarde... Et vous|

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