Une belle soirée ciné-débat pour parler de l’insertion

Nous avons été très heureux de proposer à notre réseau une soirée ciné-débat « Relier et inspirer », co-organisée avec La Maison du Management sur le thème de l’insertion des jeunes. Si, lors de la soirée « I feel good » de janvier, nous avions accueilli nos visiteurs sous une tempête de neige, c’est par un début de canicule que nous vous ouvrions les portes du très « climatisé » Club de l’Étoile ce lundi 24 juin.

Nous avons eu l’immense joie de voir cette soirée introduite par Hervé Sérieyx, ancien délégué interministériel à l’insertion des jeunes sous les gouvernements Jospin et Juppé et actuel administrateur de l’Institut Bertrand Schwartz. L’inspirateur des Missions Locales pour l’insertion professionnelle et sociale des jeunes a d’abord posé un regard bienveillant sur cette jeunesse qu’il connait et en qui il a confiance : « Les jeunes ont un rapport différent au travail, un rapport différent à l’autorité, un rapport différent au futur et donc au présent. Ce n’est ni bien ni mal, c’est comme ça. »

La projection du film L’ASCENSION, Comédie de Ludovic Bernard de 2017 avec Ahmed Sylla et Alice Belaidi illustrait parfaitement ce propos. L’histoire de ce jeune, parti sur un coup de tête -et surtout un coup de cœur pour une fille- faire l’ascension de l’Everest touche tant elle ramène à la réalité d’une génération. Les jeunes de cette décennie subissent et pourtant se passent volontiers des « rôles » que leur impose la société. Samy décide qu’il peut aller au bout, gère son projet comme un startupeur (banques, médias, « début de » réseau, …) et va au bout du chemin par la seule force de sa volonté. Dans un clivage esthétique permanent entre images de la cité et de la haute montagne, le film montre qu’aucun terrain n’est facile à pratiquer sauf aux audacieux.

Dans le film, une idée imprime doucement. Samy change petit à petit son regard sur lui-même. Il se révèle et commence à croire vraiment en lui au fur et à mesure que grandit le soutient qu’il reçoit des autre. L’écho résonne dès le début de la soirée débat dans la bouche de Yazid Kherfi : « Tout le monde me disait que j’étais un bon à rien ou une racaille, j’ai d’abord fini par le croire. Le jour où les personnes ont plus regardé mes qualités que mes défauts, j’ai changé ma vision de moi-même. » Le fondateur de Médiation Nomade est venu nous parler de ces jeunes qu’il côtoie quotidiennement et constate les failles dans la façon de communiquer avec eux : « La plupart des espaces d’accueil ou de prévention ont les mêmes horaires que les mairies. Mais si on compare avec les horaires de la délinquance, on n’y est pas. »
Yazid a invité à venir le rejoindre sur ces tournées et insiste sur le nécessaire partage, car il faut selon lui: « Se rencontrer pour se connaitre. Se connaitre pour se respecter. Se respecter pour vivre ensemble. »

Lors de la table ronde suivante, Raphaël Wintrebert partage ce constat : « On est convaincu que pour identifier les jeunes et les accrocher avec un nouveau discours, on doit créer des moments avec nous mais aussi avec le monde du travail, car c’est une problématique essentielle. La finalité c’est l’accès à l’emploi et à la formation. » Le représentant des Missions locales de Paris ajoute : « Beaucoup ont des compétences, par rapport à leur parcours de vie. Mais ils ont du mal à valoriser ça. »
La preuve par l’exemple, « Sur un projet de boutique éphémère, en faisant un pas de côté, on a découvert un jeune. On n’y y croyait pas et ensuite on n’aurait confié les clés à personne d’autre qu’à lui pour ouvrir la boutique le matin. » explique Laurie Morieux consciente de la qualité des profils accueillis à l’École de la Deuxième Chance du 95 et du 78.
Mais comment entendre des jeunes que parfois on n’écoute même pas ? « On leur pose la question de leurs rêves. On n’essaye pas de les faire rêver mais au moins on les écoute et on les considère » raconte Marie-Laure Fleury du quotidien de l’Epide de Montry. Elle conclue « On leur dit qu’ils sont importants, qu’ils sont capables, mais parfois ils ne nous croient pas ».

Ces structures font un travail considérable d’accueil, d’écoute, de formation et d’accompagnement. Alors que manque-t-il parfois pour que réussissent ces jeunes qui ont pris et fait prendre à leur entourage conscience de leurs capacités ? Un accès à l’extérieur des murs de leur quartier. Car comme Samy dans le film, tout le monde n’a pas la chance de se retrouver à la une médias du jour au lendemain grâce à un projet très ambitieux mais aussi un peu fou. Alors que de grandes entreprises se plaignent parfois des difficultés à recruter, l’incohérence persiste.

C’est le constat porté par Ségolène Delahalle et Arnaud Fimat en conclusion de cette soirée. Inspirés par de beaux exemples de jeunes qui ont réalisé des projets suite à des journées Ça Me Regarde, ils portent le projet d’une association qui contribuera à renforcer la longue et fragile chaîne de l’insertion. Un début de réseau pour ces jeunes ? A suivre …

2019-07-01T09:38:12+02:0001/07/2019|Ca me regarde... Et vous|

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