Journal d’une décadrée

Dimanche 25 août, oups bientôt minuit

Si j’étais raisonnable, j’irais me coucher maintenant. Non pas que le marchand de sable se soit particulièrement penché sur mon cas, mais si je ne veux pas dilapider en une nuit tout le capital sommeil que j’ai engrangé pendant les vacances, je ne devrais pas m’obstiner à finir ce bouquin entamé il y a 15 jours et superbement ignoré les 14 jours suivants… Allez encore un chapitre et je décroche. 

Lundi 26 août, au beau milieu de la nuit

Sursaut angoissé : ai-je bien programmé mon réveil ?

Lundi 26 août, visiblement trop tôt pour me réveiller

Aïe, ça pique…

Lundi 26 août, sur le chemin aller

Ô joies du métro aux heures de pointe, vous ne m’aviez pas manqué…

Lundi 26 août, devant mon ordinateur

Transport n°1, transport n°2, bonjour bonjour à toi qui fumes déjà (encore) comme un pompier, badgeage, papotage de bon aloi avec le duo comique de l’accueil, retrouvailles émues avec la machine à café, bonjour bonjour aux collègues déjà vissés à leurs écrans… et le tout avec 3 minutes d’avance. Je m’applaudis des deux mains !

Lundi 26 août, quelques minutes plus tard

Tiens, c’est vrai ! J’avais hiérarchisé mes dossiers avant de prendre le large, du plus “ASAP” au plus “quand j’aurais le temps”… Ingénieux cher Watson, je vais pouvoir m’y remettre tête baissée ! 

Lundi 26 août, encore quelques minutes plus tard 

Quoiqu’à bien y regarder, j’ai de sérieux doutes sur la clairvoyance dudit classement…

Lundi 26 août, à la fin de la matinée

Deux heures que j’épure ma messagerie, en compagnie épisodique de collègues venus égrener la liste de leurs réjouissances estivales… 

Remarquez que l’exercice est curieusement inspirant ! Tandis que je parcourais d’un oeil sceptique un échange de mails prodigieusement stérile sur l’adoption d’un nouveau format pour la newsletter interne, et que j’écoutais d’une oreille amusée Catherine s’épancher sur son rendez-vous radiophonique journalier et vaguement polisson avec Jacques Bonnaffé lui lisant la poésie, je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à creuser du côté des podcasts… 

Lundi 26 août, pause dej’

A la cantine, au deuxième sous-sol de l’immeuble. Il me paraît déjà loin le temps des déjeuners à l’ombre des chênes séculaires. 

Pour conjurer le spleen de la rentrée, quelques collègues ont décidé de perpétuer au moins une attitude-activité positive acquise pendant les vacances. Pas idiote, leur idée, je vais leur emboîter le pas. 

Image parAlexas_Fotos de Pixabay

Lundi 26 août, de retour derrière mon ordinateur

Si internet avait existé à l’époque d’Héra, Hercule aurait eu pour treizième et insurmontable mission de trier ma boîte mail un jour de reprise, c’est une certitude !

Lundi 26 août, dans la salle de réunion 410

Première d’une longue série de réunions d’équipe, au menu de laquelle nous passons en revue les priorités de la rentrée. 

Au détour d’un moment de silence studieux, je pose vaillamment sur la table le sujet mineur mais néanmoins épineux de la lettre interne, lançant subrepticement que, quitte à changer de format, autant être audacieux et proposer un gabarit inédit, autrement dit un podcast. 

Devant l’air interdit de N+1, je me prépare à recevoir une volée de bois vert. Mais contre toute attente, N+1 accepte de présenter le projet pour validation de principe à N+2, à condition d’avoir une maquette convaincante et que sa conception n’altère pas mon implication sur d’autres dossiers plus essentiels.

Voyons le verre à moitié plein, j’ai le feu vert pour explorer une approche nouvelle. 

Lundi 26 août, tea time

Je repense aux bonnes résolutions post congés de mes collègues et m’interroge : quelle posture positive conquise lors de ma brève expérience estivale hors des sentiers battus pourrais-je appliquer à mon quotidien ? Et d’ailleurs, pourquoi devrais-je cantonner ce raisonnement aux vacances et à ma vie personnelle ? 

Lundi 26 août, fin de journée

Bye-Bye les moins nombreux collègues scotchés à leurs écrans, à demain machine à café, bon courage aimable réceptionniste de nuit, salut à toi qui fumes toujours comme un pompier !

Lundi 26 août, de retour au bercail

C’est drôle, en me levant ce matin, je pensais que le principal mérite d’avoir radicalement rompu avec mon train-train durant mes congés, avait été de surmonter ma timidité naturelle et d’avoir lié de nouvelles relations. Bien sûr que partir sur les chemins de Compostelle au fin fond des Cévennes sans autre repère qu’une coquille Saint-Jacques incrustée dans un muret ici où là m’a aidé à m’ouvrir aux autres et à l’inconnu. 

Mais si je fais le bilan de cette journée de reprise, je mesure que c’est dans le regard que j’ai porté heure par heure sur mon quotidien, à la fois bienveillant, affuté et créatif, que se tient la véritable vertu du décadrage.

Lundi 26 août, bien avant minuit

Tandis que Morphée m’entraîne vers de sereines contrés, un dernier éclair de lucidité me traverse. Convaincre N+1 de décadrer, en équipe, le temps d’une journée, d’un séminaire, d’organiser un hors-piste contrôlé et collectif pour revenir au bureau la tête aérée, pleine de nouvelles idées : voilà quelle sera l’ambition de ma rentrée. 

On en parle ?

2019-09-12T10:45:33+02:0012/09/2019|Ca me regarde... Et vous|

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