Rencontre : Claude, 22 ans de bénévolat chez Les Petits Frères des Pauvres

Lors de journées solidaires au sein de l’association « Les Petits Frères des Pauvres », nous avons croisé Claude. A 82 ans, dont 22 ans de bénévolat au sein de l’association, il nous a touché par son dynamisme et la longévité de cette action tournée vers les autres. Au sein de l’association, Claude a encadré et accompagné des « ainés isolés ». Aujourd’hui encore il appelle chaque semaine chez eux des dizaines de  séniors pour prendre de leur nouvelles. Nous avons souhaité lui donner la parole pour qu’il nous parle de bénévolat et d’engagement. Nous nous sommes rendus dans les locaux de Montmartre, 18 rue Bridaine, où il nous a répondu sans concession mais avec passion et enthousiasme. Une rencontre inspirante.

Qu’est-ce qui vous a amené au bénévolat ?

Je me suis occupé pendant une dizaine d’années, avec un oncle, d’une personne âgée qui était seule, sans famille et avait peu de revenus.

Lorsque nous avons voulu partir en vacances, nous nous sommes demandé : »qu’allons-nous faire de Juju ? » Car c’est ainsi qu’elle s’appelait : Juliette.

Elle avait 83 ans, j’ai appelé Les Petits Frères des Pauvres et je leur expliqué qu’on s’occupait d’une personne âgée et qu’on ne pouvait pas l’emmener en vacances.

L’association m’a répondu « nous allons lui rendre visite et si elle correspond aux critères, nous pouvons l’emmener en vacances ». C’est ainsi que notre amie Juju est partie, je crois, à Morrainvilliers (une structure de l’association), pendant 12 jours, durant lesquels des bénévoles se sont magnifiquement occupés d’elle.

Quand elle est revenue, je me suis dit que je leur rendrais un jour le bien qu’ils avaient fait. Donc quand j’ai pris ma retraite en 1997, je les ai appelés, j’ai participé à une réunion de présentation et je suis resté ainsi dans l’association pendant 22 ans.

Je me suis dit que je leur rendrais un jour le bien qu’ils avaient fait !

Comment a commencé le bénévolat chez Les Petits Frères des Pauvres ?

Quand je suis arrivé, je voulais m’occuper des personnes âgées, car je me sentais à l’aise avec elles. Mais on avait surtout besoin à l’époque de monde pour s’occuper de personnes en situation de précarité, c’est à dire des femmes ou des hommes de plus de cinquante ans et qui avaient besoin de soutien, d’aide pour leurs papiers, pour rechercher un logement ou d’un soutien financier. J’ai alors dit au salarié qui m’a reçu que ce n’était pas ce que je voulais faire au départ, souhaitant plutôt faire des visites à domicile. Il m’a alors mis le marché entre les mains : « Tu vas essayer, et si ça te convient pas, on changera ». J’ai donc commencé à faire mes entretiens avec les personnes précaires durant 6 mois, avant de faire un bilan.

M’étant attaché à ces personnes en difficulté, je lui ai dit : « ok, je reste ».

Et je suis resté dans ce bénévolat une bonne dizaine d’années en m’impliquant aussi dans d’autres activités comme les séjours vacances les sorties à la journée, les réveillons de Noël, le recrutement de bénévoles, les conseils de fraternité, etc.

Puis pour des raisons de santé, j’ai dû réduire mon activité et suis rentré dans le secteur des « vieux amis », qu’on nomme maintenant les « personnes accompagnées ».

Habitant dans le 18e arrondissement de Paris près d’une pension de famille de l’association -La résidence Anne-Marie Blaise- j’y ai préparé pendant quelques années les repas le soir, avec d’autres bénévoles, pour une vingtaine de personnes qui y sont hébergées. J’y suis toujours mais comme président du conseil de maison de l’équipe d’action spécifique.

Et je suis resté dans l’EAT (Équipe d’action territoriale) de Montmartre, 18 rue Bridaine, où je fais également partie du Conseil d’équipe. Dans ce cadre, j’appelle chaque semaine une vingtaine de personnes pour prendre de leurs nouvelles en attendant qu’ils aient un bénévole pour des visites à domicile.

S’occuper des plus âgés, ça vous permet de rester jeune, actif ?

Je le crois ! Ça me permet de préparer ma propre vieillesse. D’ailleurs, 82 ans, j’y suis déjà et forcément dans le vieillissement. Aussi je me dis : « attention… le déambulateur cela peut arriver également ! » (rires). Mais je suis resté dans le secteur des personnes âgées et grâce à mes actions, le grand âge ne fait plus peur.

Avant de rentrer chez Les Petits Frères des Pauvres, aviez-vous déjà eu des actions bénévoles ?
Non, aucune. J’étais dans l’éducation nationale, également moniteur puis directeur de colonies de vacances, mais j’avais mon salaire. Mais le bénévolat je l’ai commencé en 1997, quand j’ai pris ma retraite.

22 ans de bénévolat, c’est presque une carrière de bénévole !

Tout à fait !

Alors qu’est-ce que ça représente en termes de responsabilité et à titre personnel ?

Alors, j’ai quand même occupé dans ma carrière pas mal de postes à responsabilité : professeur, chef d’établissement, inspecteur… Dans l’association, j’ai aussi été responsable de l’EAT du 18e pendant deux ans. Mais l’âge faisant, j’ai passé le relais.

Je me suis dit, il y a des jeunes qui arrivent et qui sont là, et il est temps de leur céder la place. Car si c’est toujours des séniors comme moi qui sont aux postes à responsabilité, les jeunes ne prendront pas l’habitude de ce type d’action.

Ces responsabilités sont-elles différentes ou plus libres que dans une carrière professionnelle ?

Oui, je suis libre d’arrêter quand je veux. Mais c’est aussi un engagement et une parole donnée. Comme ce poste responsable de l’EAT, je l’ai assuré pendant deux ans avec mes succès et mes faiblesses. Puis j’ai dit stop ! J’avais déjà arrêté mon bénévolat pendant 4 mois suite à des problèmes de santé. J’avais dit à l’association que je reviendrais peut-être. Un jour, à la fin de mes soins, j’ai eu besoin de revenir… et je suis revenu ! Les salariés de l’association ont été extraordinaires. Ils m’ont dit : « oui mais maintenant il faut un peu lever le pied ! »

Que conseillez-vous aux gens qui veulent s’engager ? Ceux qui passent une journée ici avec Ça Me Regarde se disent « c’est super mais j’ai peur de ne pas avoir le temps … » ?

Quand je faisais du recrutement de bénévoles, je leur disais d’essayer, de prendre un engagement d’un an.

« Il est essentiel d’être heureux dans son bénévolat »

Parfois, des étudiants venaient proposer de s’engager pendant deux mois. Mais il faut former les gens, deux mois c’est court. On accueille les gens qui le veulent et qui le peuvent et s’ils prennent un engagement. Par contre, s’ils retrouvent un emploi par exemple, il préviennent et ils peuvent arrêter, car le travail pour eux c’est important ! On est plus à l’aise, en effet, avec les retraités (rires). Mais on en a moins actuellement et on a plus de jeunes. C’est très bien ! Mais quand le travail les occupe trop, ils partent.

Il faut bien réfléchir avant de s’engager car il est essentiel d’être heureux dans son bénévolat. Sinon, je leur disais :  » occupez-vous de vos petits-enfants, allez au musée ou au cinéma… » il y a tellement de loisirs à votre disposition.

On peut aussi très bien changer d’association, faire de l’alphabétisation ou d’autres choses. Il y a tellement de besoins et on peut se tromper dans ses choix. Rien que dans le 18e arrondissement, il y a 200 associations. Personne n’est indispensable, mais tout le monde est utile !

Il faut être sûr de ce dont on a envie ?

Oui et on a besoin de s’enrichir de tous les côtés, c’est complémentaire. Moi je fais aussi de la musique, du sport, du yoga… j’ai besoin de m’enrichir par ailleurs. Je ne donne pas tout aux « Petits frères ». Ça permet de garder une certaine jeunesse du cœur.

Vous êtes heureux dans votre bénévolat ?

Très …  si je ne l’étais pas …  si j’avais du mal à me lever le matin pour venir à l’association, j’arrêterais.

2019-09-20T11:56:27+01:0020/09/2019|Ca me regarde... Et vous|

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