On se la joue solidaire ? En accueillant un mineur réfugié.

Comme souvent à la rentrée, le rendez-vous incontournable c’est la fête des associations, et j’y suis car je viens d’emménager et je veux découvrir les activités de ma ville. Entre les stands de handball, danse ou équitation, se trouvent des associations solidaires, et notamment une pour héberger des jeunes réfugiés. Allez j’y vais, je me renseigne, alors que je vis dans 70 m2 avec seulement 2 chambres et mes 2 enfants, même pas peur !

Et voilà le mail d’appel aux membres de l’association arrive, nous avons un jeune malien de 16 ans qui a besoin d’être logé pour 5 nuits dès demain. Je réfléchis, lis de nouveau le message et me lance. Je ne veux pas que ce mineur dorme à la rue ces prochains jours. Et si je ne le fais pas maintenant je ne le ferai jamais. J’aurai toujours une excuse, « c’est la rentrée scolaire et on doit trouver notre rythme », « je croule sous le boulot et je suis épuisée », « mon logement est trop petit donc on va se marcher dessus »… alors que j’ai la chance de vivre en France, avec un toit et un salaire.

Après quelques mails et un échange téléphonique, j’accueille chez moi Sega. Il s’intègre dans notre quotidien sans difficulté : aidant, calme et discret, il ne veut pas déranger. Mes filles sont ravies de rencontrer ce « grand-frère » de quelques jours auquel elles expliquent avec joie notre mode de fonctionnement et notre culture. Cette période est d’une grande intensité, nous sommes tous dans le partage et la bienveillance. Sega m’impose le respect par sa protection envers mes filles. Julia m’étonne par son envie de l’aider et de lui faire découvrir la vie française. Tandis que Soline du haut de ses 7 ans, l’interroge et lui explique les astuces de la maison (l’emplacement des bonbons, le fonctionnement de la console…).

Si je dois retenir un moment fort de ces jours de partage c’est notre séance de lecture. Sega suit des cours de français depuis quelques semaines. Il n’est jamais allé à l’école et ne sait pas lire. Inconcevable pour la grande lectrice que je suis. Nous allons donc, avec son accord, acquérir un livre niveau CP. Sega rentre à la maison et fonce lire dans sa chambre, des étoiles dans les yeux. S’en suit une séance de lecture improvisée entre Soline, lui et moi : 30 minutes hors du temps. Soline débute la lecture, Sega poursuit avec quelques arrêts pour qu’on lui expliquer le sens de certains mots, comme “récréation” ou “château fort”. Puis je prends le relais et lis le livre en intégralité à mes deux comparses, les larmes aux yeux entre ces deux enfants concentrés, un grand jeune homme malien motivé à apprendre et une petite fille fière de lire avec son « grand-frère ».

Cette expérience est le début d’une liste d’autres rencontres, échanges et découvertes qui nous feront grandir ensemble. Au-delà de ce toit que j’ai offert, j’ai beaucoup appris sur mes filles et sur moi. J’ai aussi pu leur transmettre des valeurs et une ouverture à l’autre. Nous pouvons tous faire de même en apprenant sur ces jeunes isolés et en participant à leur mieux être. N’oublions pas que ces mineurs arrivent sur le sol français après des périples difficiles et dangereux.

Anne

Nous pouvons les soutenir en laissant nos peurs de côté, devenant bénévole ou donateur d’associations telles que TIMMY ou de programmes tel que ELAN du SamuSocial de Paris.

Contacter Anne : anne.quillet@cameregarde.com

2019-10-15T11:11:46+01:0014/10/2019|Ca me regarde... Et vous|

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