La pression de la solidarité

Décidément, il nous inspire !

Claude, 82 années au compteur, dont 22 comme bénévole chez Les Petits Frères des Pauvres, nous avait déjà donné l’idée d’une interview, à la rentrée.

Et c’est en la relisant que nous est apparu le sujet de cet article.

Car Claude nous a dit : “Il faut absolument être heureux dans son bénévolat”.

Une belle déclaration, d’une lucidité presque candide. Pratiquement une maxime, qui, passé le moment de grâce, nous a rappelé combien l’exercice de la solidarité peut être mal vécu s’il n’est pas consenti.

Le piège de l’injonction à être solidaire

En matière de solidarité, comme ailleurs, l’obligation crée la pression.

On a tendance à croire que, parce qu’elles prennent racine dans une cause noble, les actions solidaires d’une entreprise vont bénéficier, d’emblée, de l’approbation et du soutien de tous ses salariés.

Et que, puisqu’elles partent d’une bonne intention, les initiatives RSE, ou les projets managériaux incluant du solidaire, vont forcément faire l’objet d’une participation enthousiaste et unanime.

Seulement, tous les goûts sont dans la nature. Chaque individu possède un degré différent d’appétence pour ces sujets.

Et prendre pour acquise l’adhésion à ce type d’activités, partir du principe que l’on peut se passer de l’accord explicite des parties concernées, cela revient à créer une sorte d’injonction à être solidaire.

Une situation génératrice de tension, de retenue et de fermeture, à l’extrême opposé des bénéfices d’ouverture, de sincérité et de partage bienveillant attendus des journées et séminaires solidaires.

Un stress d’autant plus fort qu’il sera par ailleurs doublé d’une certaine culpabilité. Celui qui ne s’est jamais senti mesquin, même vaguement, d’être ennuyé à l’idée de passer une journée à aider les plus démunis, qui plus est devant des collègues très emballés par l’affaire, lève la main.

Concerter : l’antidote anti-pression

Dès lors, pour éviter qu’un sentiment de malaise ne se développe, il faut, a minima communiquer, mais encore mieux, concerter.

Car bien plus que d’une explication pédagogue, ce dont ont besoin les futurs bénévoles d’un jour pour ne pas avoir l’impression qu’on leur force la main, c’est d’une mission.

De se sentir acteurs du projet, et non pas spectateurs. De s’en approprier non seulement le déroulement, les modalités pratiques, mais avant tout les contours, les raisons, les objectifs, la finalité. De participer à en établir le sens. Et in fine, de voir le solidaire comme un outil cohérent, un vecteur en harmonie avec le ou les buts à atteindre, qui auront été fixés d’un commun accord au préalable.

C’est en tout cas avec cette intention que nous accompagnons les équipes, les managers et les entreprises qui font appel à nos chantiers solidaires, en soignant aussi bien la préparation des équipes et la valorisation de ce qu’elles ont retiré de cette expérience, que l’organisation et l’encadrement de la journée à proprement parler.

Car il nous semble que c’est à nous, professionnels de la solidarité, de faire que l’immersion associative reste une fête. Pour tous, et en chaque occasion.

2019-12-17T15:04:26+01:0017/12/2019|Ca me regarde... Et vous|

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